Pas de crise du bénévolat

Une étude toute récente de France Bénévolat, réalisée en partenariat avec le Crédit Mutuel (« L'évolution de l'engagement bénévole associatif en France, de 2010 a` 2019 »), montre qu'environ 20 millions de personnes, soit 38 % de la population des 15 ans et plus « donnent du temps gratuitement pour les autres ou pour contribuer à une cause », « maintenant », dont 13 millions dans une association 2 millions seulement dans une autre organisation (syndicale, politique ou religieuse), 5 millions seulement dans un bénévolat direct de proximité hors famille ou structure associative. Selon cette même étude, le bénévolat en association passe de 23 % des Français en 2010, à 25 % en 2013 et 2016, et fléchit légèrement, à 24 % en 2019.

Ce qui conduit certains à parler de crise, c'est l'évolution profonde du bénévolat, avec des bénévoles plus exigeants, à la recherche de sens, désireux de voir l'utilité concrète de leur action, hésitant à s'engager régulièrement et dans la durée...

Si 71% des bénévoles associatifs se déclarent « réguliers » en 2019, ils étaient 80% en 2010 !

L'Insee, en 2013, compte 21 millions de membres d'associations (adhérents, parmi lesquels certains sont bénévoles, d'autres pas, tandis que des non adhérents peuvent être bénévoles), avec un taux d'adhésion pratiquement stable depuis 30 ans (42 % des 16 ans et plus).

Pour l'institut le nombre de participations bénévoles s'est élevé à 23 millions, dont 21 % dans les associations employeuses, étant précisé qu'un même bénévole peut participer à l'activité de plusieurs associations (« Trente ans de vie associative : Une participation stable mais davantage féminine », Insee Première, n° 1580, janvier 2016) Quand à Lionel Prouteau il compte, en 2017, 22 millions de bénévoles en « organisations », « au cours des 12 derniers mois », 43% de la population âgée de 18 ans et plus.

Des chiffres qui diffèrent d'une enquête à l'autre selon le champ de l'enquête (« organisations ou associations, pour « les autres ou pour une cause », ou y compris pour la défense d'intérêts particuliers...), pratique du bénévolat « maintenant » ou « dans les 12 derniers mois », et selon la méthode : déclaration spontanée ou relance par un enquêteur...

Le baromètre France Bénévolat / IFOP / Crédit Mutuel est réalisé exactement sous la même forme de 2010 à 2019, permettant un suivi homogène.

Cette zone de flou des chiffres s'explique par les différences de méthode, mais aussi, et surtout, par le fait que la loi ne donne pas de définition du « bénévole » ou du « bénévolat ».

Seuls certains textes évoquent, mais sans le définir, le bénévole.

Le bénévolat est un choix libre et volontaire, expression forte, de la liberté d'association et le bénévole lui-même, ne se déclare pas toujours comme tel, selon les circonstances, la façon dont il est interrogé... et l'idée qu'il se fait du bénévolat, de l'engagement...

Un véritable enjeu pour les associations

Qu'ils soient réguliers ou occasionnels, toutes les associations et surtout celles d'intérêt général, ont besoin de bénévoles. Sans bénévole, comment revivifier un conseil d'administration ? Comment disposer des compétences nécessaires à la mise en œuvre de certains projets ? Comment assurer des opérations de relation publique ? Comment organiser des collectes de fonds ? Comment encadrer une manifestation sportive ou culturelle ? Enfin, comment mener à bien un projet associatif sans avoir les moyens financiers d'engager du personnel salarié ?

Le bénévolat est, pour toutes ces raisons, un véritable enjeu stratégique pour le secteur associatif.

Si l'engagement bénévole en volume n'a pas connu de crise ces dernières années, il est en revanche en mutation : reflet de la société et de ses évolutions, il est influencé par l'ère nouvelle de la communication et de la consommation, par le recul des anciennes institutions structurant l'engagement collectif (partis politiques, syndicats, églises...), par le vieillissement de la population, etc.

C'est ainsi, par exemple, que les associations rencontrent des soucis d'adéquation entre le souhait de s'engager et le besoin de professionnalisation des activités (la « bonne volonté » ne suffit plus) ou bien de fidélisation des bénévoles prêts à passer très vite d'une association à une autre.

Dans le même ordre d'idées, et il s'agit là assurément d'une préoccupation et d'un défi pour le monde associatif, si les bénévoles sont toujours plus nombreux, ils sont en même temps moins assidus. En effet, les bénévoles qui interviennent de façon régulière au sein d'une association, c'est-à-dire un jour au plus par semaine, ne sont plus que 2 millions en 2019 (soit 17 % des bénévoles; source : France Bénévolat, « L'évolution de l'engagement bénévole associatif en France, de 2010 à 2019 », mars 2019). Il faut donc les motiver sans cesse, sous peine de les perdre !

De façon générale, les pouvoirs publics et les principales instances de réflexion sur le bénévolat (fédérations, associations pour le développement du bénévolat...) souhaitent son évolution notamment vers davantage de « professionnalisation » des bénévoles, tout en cherchant à ouvrir le bénévolat associatif à tous (jeunes, personnes en difficulté d'insertion professionnelle ou sociale). Cependant, il est important que le souhait légitime de développer des activités de qualité ne décourage pas, par excès de formalisme interne ou en raison d'une réglementation juridique tatillonne, les initiatives et les engagements individuels : l'envie de se retrouver ensemble pour mener une action commune désintéressée, de s'engager comme citoyen ou encore d'assouvir sa passion (culturelle, sportive, etc.), doit demeurer au cœur du projet associatif et de la motivation des bénévoles. Le bénévolat est un atout ; il ne doit pas devenir une contrainte.

Si le bénévolat est la clef de voûte de la liberté d'association, comme toute liberté celle-ci est encadrée : dans ce guide, vous trouverez une aide pour connaître votre rôle et votre place dans votre association. Il vous accompagne dans la compréhension puis dans l'application directe au sein de votre association des réglementations spécifiques à chaque « type » de bénévolat et des démarches administratives à effectuer. Il traite également des risques encourus par les bénévoles et par l'association pour laquelle ils interviennent, des règles comptables et fiscales applicables au bénévolat, ou encore de la formation des bénévoles...